Gilles Fumey
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Le snacking, c’est kdo ! Par Gilles Fumey pour France Snacking

13 Juin 2024 - 858 vue(s)
Dans sa chronique parue dans le dernier magazine France Snacking n° 77, Gilles Fumey revient, avec la plume qu'on lui connaît, sur l'omniprésence du snacking ou comment la nourriture, pleine de symboles, de sens cachés, d'intentions devient cadeau et peut transmettre de nombreux messages.

L e snacking, c’est génial contre les casse-têtes. Dans une gare, un aéroport, qui n’a pas saisi l’occasion de remercier ses proches par un geste, par un cadeau ? Ces gestes spontanés, nous les devons à notre cerveau primitif. On explique ainsi que lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris que les dons ont afflué parce que nous avions un besoin archaïque de repères, que nous ne sommes jamais émus et que nous ne remercions jamais les autres pour rien. Lorsque nous faisons un cadeau ou un don, nous devenons acteurs.

En effet, les humains sont des êtres de désir, pas toujours contrôlables, des boules de passions contradictoires, des machines à parler qui n’ont soudainement pas de mots pour dire ce qu’ils voudraient dire. Et ils délèguent leurs messages à de curieux objets : les cadeaux. Car les cadeaux sont des objets pleins d’affection. Lorsque nous avons un coup de cœur, une émotion forte, nous offrons souvent un cadeau. Et nous demandons de plus en plus aux nourritures de transmettre les messages, car elles sont pleines de symboles, de sens cachés, d’intentions.

L’histoire montre que les cadeaux alimentaires sont vieux comme le monde. Chez les peuples autochtones du Canada, installés pour certains depuis 40 000 ans, le potlatch est un festin au cours duquel on échange beaucoup de cadeaux avec un rituel très sophistiqué. Toutes les civilisations ont plus ou moins codifié les cadeaux. L’industrie alimentaire a compris cette force du don et cette soif du plaisir d’offrir. Philippe Meyzie a montré qu’avant elle, au temps des rois, dans le Sud-Ouest de la France, le plaisir de manger nous aidait à faire société, effaçait les petites contrariétés de la vie. Les banquets et les cadeaux alimentaires étaient pratiqués aussi souvent que possible : légumes échangés entre voisins, cuisses d’oies et pâtés de dindes entre amis, barriques de vin, gâteaux et sucreries comme les pruneaux d’Agen conditionnés dans les couvents… Ces cadeaux étaient placés sous le signe de la réciprocité. Noël, jour de l’An, Pâques, mariages et funérailles, tout était prétexte dans toutes les provinces à resserrer les liens, dire quelque chose mieux qu’avec des mots.

Ceux qui ont voyagé en Asie et notamment au Japon peuvent témoigner de la puissance des cadeaux. Cette tradition remonte au 17e siècle lorsque les marchands ont commencé à acheter la fidélité de leurs clients. Aujourd’hui, les cadeaux les plus populaires aujourd’hui sont alimentaires : bières et saké, fruits, gâteaux, spécialités régionales et, récemment, produits diététiques et bons pour la santé. Une économie rattrapée dans les années 1930 par le marketing qui invente le consommateur et rend obsolète le client.

Dans le snacking, comme ailleurs, les cadeaux sont ceux qu’on se fait et qu’on fait aux autres. La disponibilité par la fabrication industrielle, les emballages, la désirabilité, les prix font que les nourritures sont disponibles très facilement. Les enfants qui réclament des bonbons, les gourmands des glaces, les amateurs de boissons des combinaisons infinies donnent le ton d’une consommation possible à tout moment. Nul doute que nos startuppers vont imaginer de nouveaux concepts tournés autour de l’échange : snacker, c’est aussi partager. La végétalisation de l’alimentation titille de nouveaux talents. La résilience au changement climatique charge le snacking d’autres symboles qui ne demandent qu’à être exploités par des jeunes créatifs qui veulent changer le monde.

Du reste, l’extraordinaire rebond de la restauration rapide depuis 2019 avec une hausse de 30 % de son chiffre d’affaires en 2023 ne donne-t-elle pas la preuve des grandes capacités du snacking à chambouler le monde de la restauration ? En avant les cadeaux !

Gilles Fumey (Sorbonne Université/CNRS)

Retrouvez cet article dans le tout dernier numéro de France Snacking  FS 77 qui vient de paraître, feuilletable gratuitement en ligne dès aujourd’hui et dans la boîte aux lettres des abonnés dans quelques jours.

Tags : Gilles Fumey
Gilles Fumey Géographe de l’alimentation
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