« Un bon café ne brûle pas seulement l’estomac quand il est médiocre, il brûle toute une filière », alerte Loïc Marion. Le président du Collectif Café qui regroupe 180 adhérents et 400 points de vente en France, appelle à une véritable révolution des habitudes, en privilégiant la fraîcheur, la traçabilité et le savoir-faire artisanal afin que le café reste une boisson accessible, durable et de qualité pour tous. Il n’a pas manqué d’expliquer, au cours de la première conférence de presse organisée par le Collectif, comment le café qui est la deuxième boisson la plus consommée au monde après l’eau avec 2,6 milliards de tasses bues chaque jour, fait vivre 125 millions de familles dans 60 pays. Pourtant, sa production est fragilisée non seulement par le réchauffement climatique qui bouscule les équilibres mais aussi le vieillissement des producteurs, la spéculation, les pratiques de grande distribution ou encore la chute de la qualité. De quoi faire flamber les prix (+ 75 % pour l’Arabica en un an), appauvrir les sols et menacer les filières de pénurie à long terme. En France, 80 % des habitants consomment du café, mais 90 % l’achètent en grande surface, au détriment de la fraîcheur et du goût, pointe le Collectif. Notre pays est le 19e pays consommateur dans le monde avec 5 kg par an, par personne.
Contrairement au café dit de “commodité”, souvent bas de gamme et standardisé promu par les grandes surfaces, le café de spécialité incarne une nouvelle voie, celle prônée par le Collectif Café. Noté au-delà de 80/100 par la Speciality Coffee Association, il est traçable, respectueux des terroirs et issu de pratiques durables, n’a pas manqué de rappeler Christophe Servell, torréfacteur, président fondateur de Terre de café et vice-président du Collectif Café. Déjà 8 % des ventes de café en France relèvent de cette catégorie, avec une croissance de + 15 % par an. Coffee shops et torréfacteurs indépendants tirent cette tendance, offrant aux consommateurs une expérience gustative et éthique. D’ailleurs ce sont plus de 3 500 coffee shops qui se disputeraient le marché dont 1 000 indépendants qui contribuent à la premiumisation de l'offre et à la diversification des usages dont le retour du café filtre de qualité.
Pour Loïc Marion, il est urgent de « lire une étiquette de café comme on lit une étiquette de vin », et de réapprendre à considérer ce produit comme un fruit noble, récolté de l’année, torréfié avec soin et moulu à la demande. La différence de prix ? Quelques centimes par tasse de 0,14 € pour un café de spécialité contre 0,10 € pour un café industriel. Le Collectif Café milite pour une filière vertueuse, « de la cerise à la tasse », afin que le café demeure un plaisir quotidien et non un luxe réservé à quelques-uns. Le café est comme tous les produits agricoles, il doit se consommer frais, être récolté de l’année, torréfié peu de temps après la récolte et moulu à la demande, au plus proche du moment de dégustation, n'a pas manqué de souligner Anne Caron, Mof torréfactrice. Et Mikaël Portannier, champion du monde torréfacteur 2025, de souligner que le café n'était pas un produit fini et que la qualité de l'eau, tout comme le travail sur la mouture ou la machine restent des aspects fondamentaux. Christophe Servell a aussi insisté sur la valeur du café, qui dépasse sa seule qualité intrinsèque mais doit intégrer des valeurs qui couvrent non seulement le respect du producteur, mais aussi la durabilité des cultures pour une consommation qualitative et durable. Et d'ajouter : "Charge à nous de simplifier le discours et de faire savoir ce qu'est un bon café et ce que cela recouvre. On doit aborder le produit comme un circuit court . C'est pourquoi le torrefacteur a une responsabilité, il doit être le lien entre le terroir et le consommateur". Une position qui sera largement débattue lors des nombreuses conférences abordées au Paris Coffee Show qui se tient du 13 au 15 septembre prochain, au Parc Floral de Paris.
Photo PF : de gauche à droite : Loïc Marion et Christophe Servell
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