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'La restauration rapide ne survivra pas à ce cumul de réformes fiscales', Esther Kalonji du Snarr

15 Septembre 2025 - 3607 vue(s)
La restauration rapide pèse lourd dans l’économie française avec près de 300 000 emplois, plus de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires et des milliers d’établissements ancrés dans la vie quotidienne. Mais une étude Xerfi commandée par le Snarr, présentée aux adhérents lors de la dernière assemblée générale en mai dernier et dont France Snacking avait fait écho, révélait que les réformes fiscales en cours ou envisagées par le gouvernement pourraient faire basculer la filière dans un scénario catastrophe. Esther Kalonji, déléguée générale du syndicat national de l'alimentation et de la restauration rapide, revient ici sur les constats pointés par ce rapport et les risques chiffrés de ces mesures mais aussi les dangers pour la branche qui ne survivrait pas à ces réformes nous confie-t-elle.

Esther Kalonji pourquoi parlez-vous d’une filière au bord de l’asphyxie ?

La restauration rapide est une activité qui a toujours montré sa capacité de résistance. Depuis 2017 nous avons connu une croissance constante à l’exception de la parenthèse Covid. Aujourd’hui nos restaurants génèrent 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct et emploient 226 500 personnes en équivalent temps plein ce qui fait vivre près de 300 000 familles. Mais les charges ont explosé entre 2021 et 2023 avec plus 30 % sous l’effet de l’énergie des loyers et des matières premières. Cela a réduit de moitié nos marges en cinq ans. Le résultat net est tombé à 2,9 % en 2023 alors qu’il était à 5,8 % en 2017. Concrètement une entreprise sur trois est déjà déficitaire et survit uniquement grâce au crédit ce qui est une situation intenable. Comme l’a souligné notre président, Romain Girard, cette étude Xerfi révèle des risques systémiques majeurs pour l’emploi en France et notre branche en particulier qui ne supporterait pas un tel cumul de contraintes fiscales sans accompagnement. 

La hausse de TVA envisagée est votre plus grande inquiétude pourquoi ?

C’est la réforme la plus dangereuse car elle frappe un secteur déjà exsangue. Si le taux de TVA passait à 20 % les restaurants ne pourraient pas absorber la hausse et  seraient obligés de l’appliquer dans leurs prix. Ce qui provoquerait une chute immédiate de la fréquentation. Selon Xerfi cela veut dire 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires perdu pour l’ensemble de la filière et 11 000 emplois équivalent temps plein menacés dont près de 9 700 directement dans les établissements. Le taux de rentabilité baisserait de 2,4 points ce qui représente 740 millions d’euros de pertes nettes. Des milliers d’entreprises viables deviendraient déficitaires du jour au lendemain et cette spirale entraînerait des fermetures en chaîne et des centres villes vidés de leur vitalité. 

C’en est de même pour la réforme des allègements de charges sociales ?

Elle touche le cœur de notre modèle économique. Notre secteur est très intensif en main d’œuvre et nous employons beaucoup de jeunes et de personnes peu qualifiées que nous formons et insérons dans l’emploi durable. La réforme de la Sécurité sociale 2025 introduit une réduction dégressive des allègements de cotisations sous 3 SMIC ce qui revient à alourdir directement nos coûts salariaux. Cela veut dire une perte nette de 354 millions d’euros et une baisse de 1,2 point de rentabilité dès 2026. Derrière ces chiffres il y a 3 900 emplois directs menacés et des milliers d’autres en tension dans les chaînes de fournisseurs. C’est une mesure qui casse la dynamique de l’emploi et de l’inclusion qui est la force de la restauration rapide. 

Quelles conséquences du doublement de la taxe soda ?

C’est une mesure disproportionnée et répétée qui frappe un secteur déjà fragilisé. En 2025 la taxe sur les boissons sucrées doit doubler puis elle sera élargie aux boissons édulcorées en 2026. C’est une nouvelle ponction qui s’ajoute à celles que nous n’avons même pas encore absorbées. L’impact est estimé à 480 millions d’euros de chiffre d’affaires perdu et 170 millions d’euros de pertes nettes ce qui équivaut à une baisse de 0,5 point de rentabilité. Ce sont 2 000 emplois équivalant temps plein qui sont menacés dont 1 200 directement dans nos établissements. On nous présente cette taxe comme un outil de santé publique mais en réalité elle fonctionne comme une arme fiscale qui pénalise nos entreprises et nos fournisseurs sans améliorer la situation sanitaire.

 Et sur les titres restaurant ?

Le problème c’est le détournement de leur usage. À l’origine les titres restaurant devaient permettre aux salariés de déjeuner dans un établissement de restauration. Aujourd’hui ils sont de plus en plus utilisés en grande distribution ce qui détourne la clientèle des restaurants. Entre 2020 et 2022 cette dérive nous a déjà coûté 450 millions d’euros malgré le développement de la livraison. Et si rien n’est fait d’ici 2026 le manque à gagner atteindra 300 millions d’euros supplémentaires. Cela signifie aussi 170 millions d’euros de pertes nettes et - 0,5 point de rentabilité mais aussi entre 1 250 et 1 800 emplois équivalant temps plein menacés. C’est une concurrence déloyale institutionnalisée qui retourne contre nous un dispositif censé nous soutenir. C'est précisément pour endiguer ces pertes considérables que nous plaidons, aux côtés de nos partenaires, auprès du Gouvernement et des parlementaires pour l'introduction de mécanismes de rééquilibrage. Nous proposons, notamment, la mise en place d'un double plafond différencié selon que les titres-restaurant soient utilisés pour l’achat de produits bruts ou prêts à consommer, ainsi que la possibilité de les utiliser les dimanches et jours fériés. Il s'agit là de mesures de bon sens, et nous exhortons nos responsables politiques à s'en emparer sans délai.

Si l’on cumule ces mesures quel est le scénario global et que demandez-vous au gouvernement ?

L’effet cumulé est tout simplement catastrophique. Xerfi estime que plus de la moitié du secteur pourrait se retrouver en situation critique. Cela concerne 26 000 entreprises qui verraient leur résultat net passer en territoire négatif alors qu’un tiers l’était déjà en 2023. Les pertes nettes cumulées atteindraient, selon les calculs du cabinet spécialisé, 1,26 milliard d’euros et près de 16 900 emplois directs seraient menacés. Autrement dit, nous risquons de voir s’effondrer un secteur qui pèse 50,5 milliards d’euros et qui est vital pour des centaines de milliers de familles et pour la vie économique locale. Nous ne demandons pas de nouvelles aides mais simplement la stabilité. La restauration rapide ne peut pas encaisser un tel cumul de réformes qui détruit ses marges et son emploi. Nous demandons de préserver les dispositifs existants et d’arrêter cette fuite en avant fiscale. C’est l’intérêt du pouvoir d’achat des Français qui veulent continuer à se restaurer à prix abordable. C’est l’intérêt des 300 000 familles qui vivent de ce secteur et des territoires qui s’animent autour de nos établissements. Sans cela, nous irons vers un scénario de fermetures massives et de pertes d’emplois à grande échelle.

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Paul Fedèle Rédacteur en chef France Snacking Retrouvez Paul Fedèle sur Linkedin
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