Pour les restaurateurs, l’autorisation accordée à HEMA marque une nouvelle étape dans l’éloignement progressif des titres-restaurant de leur objectif premier, celui de garantir aux salariés un véritable repas hors domicile. Dans un courrier adressé au ministre chargé des PME et du Commerce, le Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France fait part de sa « profonde préoccupation » après l’agrément délivré à HEMA pour l’acceptation des titres-restaurant. Selon l’organisation professionnelle, cette décision réglementaire alimente la confusion autour d’un dispositif historiquement conçu pour faciliter l’accès à un repas équilibré pendant la journée de travail. "Une nouvelle étape dans le dévoiement progressif du dispositif, puisqu’il s’agit d’une enseigne dont l’offre alimentaire est marginale et essentiellement composée de produits de snacking et de confiserie — une offre très éloignée des recommandations nutritionnelles pour un repas équilibré et qui ne correspond pas, sur le plan pratique, à un repas complet pendant la journée de travail comme le prévoit les textes”, indique Fabian Desbrandes, restaurateur parisien en charge du dossier Titres-Restaurant au GHR. Le GHR estime que l’offre alimentaire de l’enseigne, essentiellement orientée vers le snacking et la confiserie, ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre des textes encadrant les titres-restaurant. Déjà fragilisé, le secteur de la restauration redoute des conséquences économiques durables. Catherine Quérard, sa présidente alerte sur une baisse continue des paiements en titres-restaurant dans les établissements, au profit d’enseignes non spécialisées : "En 3 ans, le secteur a perdu près d’un milliard et demi d’euros au bénéfice de la grande distribution, selon nos estimations". Dans son courrier, le GHR appelle ainsi l’État à revoir en urgence les règles d’agrément, voire à suspendre toute nouvelle autorisation pour des commerces dont l’activité de restauration est marginale. À défaut, l’organisation prévient que c’est l’avenir même du dispositif des titres-restaurant, et par là même de nombreux cafés et restaurants, qui pourrait être remis en cause. Pour Catherine Quérard :« Si l’État ne souhaite pas voir le dispositif des titres‑restaurant devenir un simple instrument de paiement détaché de son objet, il est de sa responsabilité d’intervenir. À défaut, le régime dérogatoire du titre‑restaurant risquerait d’être remis en cause, comme l’illustre le projet de taxe de 8 %, et sa pérennité serait sérieusement questionnée".
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