Quand tout le monde digitalise, la ressaisie reste le vrai coût caché, c’est le constat qui a poussé Frédéric Montier, co-fondateur à l’époque d’Adoria et Marc Bouguié ex-CPO, à créer en 2024 LinkEat. « Nous sommes partis d’un diagnostic très opérationnel face à un secteur qui souffre moins d’un manque de logiciels que d’un excès de briques qui ne se parlent pas entre elles », explique Frédéric Montier. Résultat, les restaurateurs et les sièges passent leur temps à intégrer des mercuriales, recoller des référentiels, corriger des écarts de prix et de conditionnement, puis à gérer les erreurs qui finissent en litiges et en avoirs. La promesse consiste justement non pas à remplacer les solutions existantes mais à créer les “tuyaux” pour faire circuler la donnée entre distributeurs, industriels, groupes de restauration et éditeurs SaaS. Selon les cas, la connexion se fait en API ou en EDI, ou via des formats plus légers quand les acteurs ne sont pas équipés, afin d’accepter les fichiers tels qu’ils existent aujourd’hui, envoyés par e-mail, puis de les normaliser et de les enrichir avec une base annoncée à 70 000 références incluant notamment des informations nutritionnelles et allergènes mais aussi des photos quand elles sont disponibles.

Au-delà du catalogue, LinkEat insiste sur un angle très concret pour les restaurants. Le bon de livraison reste massivement papier et sa ressaisie conditionne la qualité des stocks et du food cost. Frédéric Montier cite des niveaux de temps passés qui peuvent monter à 1 h3 0 à 2 h par jour dans des sites à fort volume. L’enjeu, pour la start-up, est de faire entrer le bon de livraison dans les back-offices sans friction, en s’appuyant sur le référentiel produit déjà structuré pour réduire les erreurs de reconnaissance. Elle évoque des tests de reconnaissance de bons de livraison scannés au-delà de 99 pour cent. En parallèle, LinkEat développe un module inédit, fondé sur l’IA orienté distributeurs, capable de transformer des commandes non structurées envoyées par e-mail, SMS ou messageries en commandes exploitables, avec une vérification humaine sur les lignes incertaines.
L’équipe compte aujourd’hui trois personnes et avance des partenariats avec Transgourmet, Sysco et Vivalya, présentés comme représentant environ 15 pour cent du marché, ainsi que des accords avec des éditeurs SaaS comme Yokitup, MyCawan et Vici, avec un potentiel de déploiement annoncé au-delà de 6 000 restaurants. Pour 2026, la priorité est d’accélérer les intégrations avec le Top 30 des distributeurs français, de poursuivre le renforcement du produit et de structurer l’équipe, avec un objectif de chiffre d’affaires de 250 k€, pour commencer. Côté modèle, il faut compter de l’ordre de 29 € par site et par mois pour la partie automatisation catalogue et enrichissement et 49 euros pour une couverture plus large incluant commandes et bons de livraison dématérialisés. Une stratégie qui vise à devenir une couche standard du secteur, tout en revendiquant une posture neutre et souveraine sur l’hébergement et les outils.
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