La part du foodservice dans les dépenses alimentaires ne cesse de progresser atteignant déjà les 32 % en 2026 contre 25 % seulement au tournant des années 2000 et 15 % à peine il y a un demi-siècle. Le phénomène, qui ne date donc pas d’hier, se serait même accéléré depuis la pandémie « du fait de la transformation des modes de vie et de l’essor aussi des plateformes de livraison », analyse Matteo Neri, directeur d'étude et expert Food & Beverage au sein du cabinet Xerfi, à l’origne de ces données. Et cela devrait continuer alors qu’il anticipe une part de 36 % pour le foodservice d’ici à 2040 et que les volumes alimentaires du retail restent encore aujourd’hui inférieurs à ceux de 2019. « C’est un basculement profond et nous pourrions nous rapprocher du modèle américain où un repas sur deux est consommé hors domicile », ajoute-t-il.
Au cœur de cette dynamique, le snacking joue selon l’expert un rôle clé. Porté par les jeunes générations, il s’impose comme un mode de consommation à part entière. Contrairement à leurs aînés, pour qui le restaurant reste occasionnel, « les moins de 35 ans intègrent pleinement la restauration — souvent rapide — dans leur quotidien ». Sandwichs, burgers, plats à emporter ou livrés : ces formats flexibles, adaptés à des rythmes de vie fragmentés, séduisent malgré un pouvoir d’achat contraint. Cela redéfinit ainsi les arbitrages alimentaires : moins de cuisine à domicile, davantage de solutions prêtes à consommer, et une porosité croissante entre distribution et restauration. Et la transformation des ménages, conjointe au basculement générationnel, va encore renforcer cette évolution ! D’ici 2040, la France comptera ainsi 2,5 millions de personnes seules supplémentaires ! Or, le snacking devrait être une réponse toute trouvée pour ces « mono » foyers réduits qui cuisinent moins et recourent davantage aux plats préparés, à la livraison et aux formats nomades.
Conséquence directe : les circuits traditionnels vacillent. Les hypermarchés, conçus pour les achats familiaux massifs, sont en perte de vitesse, tandis que les formats de proximité et les concepts hybrides progressent. Certaines enseignes, notamment implantées en périphérie, misent déjà sur des offres mêlant retail et restauration, brouillant les frontières historiques du secteur, Matteo Neri citant notamment des enseignes comme Marie Blachère et Grand Frais. Pour les industriels comme pour les distributeurs, l’enjeu est majeur. La montée du hors domicile implique une adaptation des produits, des formats et des canaux de distribution. « Elle pose aussi la question de la souveraineté alimentaire, une part importante des produits consommés en restauration, notamment la volaille, étant aujourd’hui importée ». En creux, c’est tout l’équilibre du marché alimentaire qui se redessine, tiré à la fois par l’évolution démographique et la restructuration des usages. Une évolution durable, qui impose aux acteurs de repenser en profondeur leurs stratégies.
La suite de cet article est réservée à nos abonnés.