Du déjeuner au panier de courses, le titre-restaurant change de centre de gravité. C’est un renversement historique que révèle le baromètre Openeat réalisé par l'institut Selvitys en 2026 avec le supermarché qui devient le premier lieu d’utilisation des titres-restaurant, captant 44 % des dépenses, loin devant la restauration (31 %) et les commerces alimentaires (25 %). Il y a encore deux ans, la grande distribution ne représentait que 36 % des usages. Cette progression confirme une mutation profonde avec un titre-restaurant qui n’est plus seulement un outil de pause déjeuner mais un véritable levier de gestion du budget alimentaire au quotidien.
Cette évolution se retrouve dans la nature même des achats. Dorénavant, 50 % des salariés utilisent leurs titres pour des produits non directement consommables tels les pâtes, le riz, la viande ou les produits frais, autant que pour des repas prêts à consommer. Conséquence logique, 93 % des bénéficiaires jugent utile l’utilisation en supermarché et grande distribution, tandis que 78 % estiment que le dispositif les aide à mieux faire leurs courses. De quoi transformer le titre-restaurant en outil hybride, à la frontière entre restauration et alimentation domestique. Ce qui ne manque pas d'inquiéter les réprésentants syndicaux des restaurateurs : "Ces chiffres confirment notre crainte et les dernières études de la commission des Titres Restaurant qui indiquait que la part de marché de la grande distribution était passée de 22,4 % à 32,9 % tandis que la restauration perdait 8,8 points en passant de 46,5 % à 37,7 %. Ce qui correspond à un transfert massif de l'ordre de 700 M€ par an depuis 2022, au détriment de nos branches d'activité", réagit Franck Trouet, délégué général du GHR, groupement des hôteliers & restaurateurs qui prônent le retour à l'usage premier du titre restaurant ou alors, au moins, à la mise en place d'un double plafond de dépenses pour flécher un peu plus les titres-restaurant vers l'Horeca.
Pour autant, la restauration n’a pas dit son dernier mot. Si 77 % des salariés refusent un retour à un titre exclusivement utilisable au restaurant, 40 % se déclarent prêts à choisir un titre 100 % restaurant si on leur donnait le choix, un chiffre en forte progression (+ 17 points depuis 2024). Et parmi eux, 1 salarié sur 4 invoque clairement que ce serait pour soutenir les restaurateurs de quartier. Au final, le titre-restaurant apparaît comme un outil sous tension dans un contexte de réforme portée par le ministre du Commerce. Parmi les mesures envisagées, d'ailleurs, l'ouverture de leur usage le dimanche et les jours fériés à laquelle 93 % des salariés sont favorables. D’un côté, 87 % d'entre eux estiment qu’il améliore leur pouvoir d’achat et 86 % le considèrent comme un avantage social clé. De l’autre, son usage se déplace massivement vers les courses alimentaires, sous l’effet des contraintes budgétaires.
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