Congrès du Snacking 2026 : valeur, proximité, générations… la restauration rapide change de régime
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Congrès du Snacking 2026. Valeur, proximité, générations…, la restauration rapide change de régime

17 Juin 2026 - 1542 vue(s)
Réunis à Paris le 16 juin au Pavillon Royal pour la 16e édition du Congrès du Snacking, plus de 250 professionnels, experts, enseignes, distributeurs, industriels et entrepreneurs ont pris le pouls d’un marché toujours puissant, mais entré dans une phase plus sélective. Avec un Top 200 de la restauration chaînée à 21,6 Md€ en 2026, selon l'étude publiée par France Snacking, la restauration rapide confirme sa force d’entraînement. Mais derrière la dynamique des ouvertures, les signaux de tension se multiplient : fréquentation plus fragile, panier moyen sous pression, arbitrages consommateurs persistants, bataille des prix, recherche de satiété, montée du retail et du prêt-à-consommer, retour en force de la proximité, recomposition des moments de consommation et nouveaux publics à adresser.

Le 16e Congrès du Snacking a confirmé une bascule au fil des interventions de la journée en mettant en lumière une croissance durable qui ne se joue plus seulement dans l’ouverture de points de vente, mais dans la capacité à mériter chaque visite. Une même question a traversé la journée : comment continuer à créer de la valeur lorsque le consommateur arbitre plus, compare plus vite et zappe plus facilement ? La réponse ne tient plus dans un seul levier. Elle se joue dans la lisibilité du prix, la générosité perçue, le gain de temps, la proximité, la qualité d’exécution, la data, l’hospitalité, l’expérience digitale et la capacité des marques à exister dans la vie quotidienne de leurs clients. C’est cette recomposition que le 16e Congrès du Snacking a permis de saisir en laissant apparaître les lignes de force d’un marché qui ne se contente plus de servir vite. Un marché qui cherche désormais à faire revenir, à parler à plusieurs générations, à investir de nouveaux moments et à transformer chaque occasion de consommation en préférence durable.

Les 200 Majors du snacking ouvrent le Congrès : un marché qui se professionnalise

C’est par les chiffres que le 16e Congrès du Snacking a posé son premier constat. En ouverture, Paul Fedèle, Directeur des publications de France Snacking, et Jonathan Douay, Rédacteur en chef adjoint ont dévoilé les résultats des 200 Majors de la restauration chaînée publiés tout récemment par le magazine. Un changement de périmètre significatif, puisque l’analyse portait jusqu’ici sur les 150 premiers acteurs. Ce passage au Top 200 raconte à lui seul l’élargissement du marché, la densification des réseaux et la montée en puissance d’une restauration rapide de plus en plus structurée. Avec 21,6 Md€ de chiffre d’affaires en 2026, en progression de 4,2 % à périmètre non constant, ce palmarès des 200 confirme la force du secteur. Mais cette dynamique ne doit pas masquer un autre signal car les 20 premières enseignes concentrent désormais 73 % du chiffre d’affaires global. Le marché reste donc foisonnant, mais la valeur se polarise autour d’acteurs capables de tenir leur développement, leur promesse de marque, leur qualité d’exécution et leur capacité à rester visibles dans un environnement plus concurrentiel.

« Le consommateur ne consomme plus par envie mais par besoin, c’est l’offre qui drive le marché. » Cette formule de Paul Fedèle résume bien le changement de séquence. Après 18 mois consécutifs d’arbitrage par les consommateurs, les enseignes doivent rassurer, simplifier et prouver plus vite leur valeur. Menus, bundles, boxes, prix d’appel, offres étudiantes ou formats généreux ne sont plus seulement des outils promotionnels, ils deviennent des repères pour aider le client à choisir et l’attirer dans leurs mailles du filet. Dans ce contexte, les segments qui progressent ne sont pas seulement ceux qui innovent le plus, mais ceux qui répondent le mieux à l’équation du moment : prix lisible, satiété/générosité, plaisir, praticité et confiance. Le poulet, protéine protéiforme, dont Paul Fedèle a rappelé qu’il “entre dans notre civilisation”, illustre cette bascule. Il dépasse le seul phénomène snacking pour s’installer durablement dans les recettes, les usages et les imaginaires, hors foyer comme à la maison.

 

Le snacking européen arbitre, la France résiste, les drivers de consommation évoluent

Avec Maria Bertoch, Director New Business Development & Foodservice Expert chez Circana, le Congrès a élargi la focale au Big 5 européen. Le foodservice y reste massif, à 343 Md€, et la restauration rapide pèse 122,8 Md€, soit 36 % des dépenses et 43 % des visites. Mais derrière cette puissance, le signal se tend avec des visites RHD qui reculent de 0,5 %. L’Europe ne décroche pas, elle arbitre, avec des marchés contrastés entre une Grande-Bretagne plus fragilisée, une Allemagne plus résistante, une Espagne encore dynamique et une France sous pression. Chez nous, la restauration rapide résiste mieux que la restauration à table, mais elle n’échappe plus aux mêmes tensions. Pouvoir d’achat, prix de l’énergie, inflation persistante, arbitrages du quotidien…  le consommateur ajuste ses sorties, ses lieux et ses moments. Maria Bertoch a notamment souligné que si la hausse des prix de l’énergie se poursuivait, elle pourrait installer une inflation plus durable et peser sur la fréquentation, y compris en snacking, avec un report possible vers des circuits plus accessibles comme la proxi, le retail et la gamelle. Dans ce contexte, le prêt-à-consommer s’impose comme l’un des circuits les plus dynamiques, avec + 4,2 % de croissance en 2026 et une présence de plus en plus urbaine. Sa part dans les visites RHD est passée de 7,2 % en 2019 à 9,2 % à CAM Q1 2026. Le consommateur ne compare donc plus seulement les enseignes de restauration entre elles, il choisit le lieu le plus pratique, le plus rapide, le plus accessible et le mieux placé au moment où le besoin apparaît.

“L’Europe ne décroche pas, elle arbitre.” démontre Maria Bertoch - Circana.

« Le gain de temps est devenu le premier mobile de consommation en restauration rapide, devant le prix. » souligne Maria Bertoch qui résume ainsi une bascule majeure. Le prix reste décisif, mais il ne suffit plus à expliquer les comportements. En 2026, le client cherche d’abord une réponse immédiate à son rythme de vie avec plus de sur place, plus de café, plus d’offres nomades, plus de services. Cette recomposition concerne toutes les générations, y compris les + 55, qui reportent une partie de leur consommation au restaurant vers la restauration rapide pour préserver leur budget et gagner du temps pour leurs activités. Le snacking devient ainsi un terrain d’arbitrage, mais aussi un révélateur de nouveaux usages intergénérationnels.

 

Les concepts performants ne se dupliquent plus : ils s’adaptent aux lieux, aux usages et aux moments

La séquence consacrée à l’affinage de l’offre produits-services a rappelé une réalité très opérationnelle, celle de la performance qui ne se joue plus seulement dans le concept, mais dans sa capacité à s’adapter. Eric Kayser, Fondateur de Maison Kayser, a ainsi défendu une vision plurielle de la boulangerie, devenue capable d’accompagner le consommateur du début à la fin de la journée : petit-déjeuner, pause, déjeuner, snack à emporter, moment de détente sur place ou retrait d’une offre à consommer chez soi ou au bureau. Cette logique hybride impose de sortir de la duplication automatique. Chez Maison Kayser, le concept évolue selon les lieux et les usages : zone touristique, quartier de bureaux, espace résidentiel, centre commercial ou gare. Même constat côté burger, où Djam Marzaganov, pour Black & White Burger, a rappelé que le marché arrive à saturation. Pour continuer à émerger, il faut innover, communiquer fortement et respecter l’ADN de marque. L’enseigne peut ainsi proposer un menu étudiant à 7,50 € comme prix d’appel, tout en défendant une box à 50 € qui assume un positionnement premium et un sourcing en viande Black Angus.

« Le concept évolue en fonction de l’implantation du point de vente et de ses usages. La simple duplication n’est pas possible et ne fonctionne pas. » confirme Eric Kayser, fondateur de Maison Kayser 

qui résume bien le nouveau métier des enseignes en illustrant que déployer un modèle, c’est l’ajuster à ses contextes de consommation. Julien Lefeuvre, CEO & Cofondateur de Jour - Popotes, l’a illustré sous un autre angle, celui du wellness et des parcours clients. Chez Jour, l’innovation passe par l’affichage des valeurs nutritionnelles plutôt que des seules calories, jugées trop restrictives, mais aussi par la mise en place de plusieurs parcours d’achat via comptoir, borne, réseaux sociaux, site internet ou relation avec les équipes. Dans un marché plus volatil, affiner son offre revient donc à mieux lire les usages comme : où le client achète, pourquoi il vient, comment il commande, ce qu’il attend et à quel moment il faut interagir avec lui.

Les speed datings, laboratoire des concepts et des tendances food de demain

Autre temps fort de cette 16e édition, les traditionnels speed datings ont permis de mettre en lumière huit entrepreneurs et concepts qui illustrent la diversité et le renouvellement permanent du marché. De la montée en puissance des cuisines africaines avec DKR Paris, à l'automatisation du parcours client portée par FAIM ! et son concept de libre-service intelligent, les échanges ont révélé des modèles en phase avec les nouvelles attentes des consommateurs. The Salad Project a apporté un éclairage sur les tendances londoniennes du healthy version salad'bar modere, tandis que Holy Burek et Onigami ont démontré qu’il restait possible de bâtir des enseignes autour de produits encore peu connus ou ultra-spécialisés. CRRSP a confirmé le potentiel durable du poulet comme moteur de croissance du snacking contemporain, alors que Big Top a illustré comment l’innovation technologique pouvait réinventer la crêpe pour les usages nomades. Autant d’initiatives qui témoignent de la vitalité entrepreneuriale du secteur et de sa capacité à faire émerger les concepts qui pourraient constituer les futurs réseaux de demain.

La croissance par ouvertures atteint ses limites : place à la bataille de l’attention

Le ralentissement ne se lit pas seulement dans les intentions de consommation. Il se voit aussi dans la performance réelle des chaînes. Justine Duvernet, Manager Panel Performance Enseignes chez Food Service Vision, a rappelé que la restauration rapide continue d’ouvrir de nombreux points de vente, mais que cette dynamique masque une tension plus profonde avec une fréquentation qui tourne au ralenti, le panier moyen qui se tasse et la rentabilité des établissements qui s’en trouve directement affectée. À fin mai, le panel suivi par Food Service Vision fait apparaître un recul de 4 % en visites comme en valeur, signe que la croissance par maillage ne suffit plus à sécuriser le modèle. Dans ce contexte, les enseignes multiplient les leviers pour faire revenir le client dans leur radar. Les promotions, et notamment les offres “un acheté, un offert”, dominent pour séduire un consommateur plus regardant, à la recherche de bons coups. Mais la bataille ne se joue plus seulement dans l’assiette ou sur le prix. Elle se joue aussi dans le marketing de l’attention en pratiquant le newsjacking, les promos à 5, 10 ou 15 € selon les positionnements, les collaborations avec des créateurs de contenu, les innovations très médiatisées et les partenariats avec d’autres marques. La restauration rapide n’a jamais autant dû prouver qu’elle savait rester visible, désirable et immédiatement compréhensible.

La valeur se joue désormais dans la générosité

Dans un contexte où chaque dépense est davantage questionnée, le rapport qualité-prix ne suffit plus à raconter la valeur. Avec Nicolas Nouchi, Fondateur de Strateg’eat, le Congrès a remis au centre un critère aussi simple que décisif : la satiété. Le consommateur peut surveiller son budget, comparer les offres, rechercher des prix d’appel ou des options économiques, mais il veut d’abord avoir le sentiment que son repas “vaut le coup”. En restauration rapide, la valeur ne se démontre donc pas seulement sur l’addition. Elle doit se voir, se comprendre et se ressentir.

Le signal est d’autant plus fort que le hors domicile reste un espace de lâcher-prise. Selon Strateg’eat, 60 % des consommateurs ne se posent pas la question des calories lorsqu’ils consomment hors domicile. Ce qu’ils attendent, ce n’est pas une offre culpabilisante mais une proposition capable de concilier plaisir, générosité, lisibilité et prix acceptable. La satiété vient alors se greffer à l’option économique : le client peut oublier, un instant, sa contrainte budgétaire s’il a le sentiment de recevoir suffisamment, visuellement comme physiquement.

« Sans satiété, il n’y a plus de bon rapport qualité-prix », souligne Nicolas Nouchi - Strateg'eat.

qui démontre ainsi une rupture dans les pratiques commerciales. La guerre des prix ne peut pas tout résoudre si l’offre ne donne pas une impression claire de valeur. À l’inverse, un produit bien pensé, généreux, lisible, rassasiant et désirable peut justifier la dépense, même dans un contexte d’arbitrage. C’est ce qui explique la résistance des formats familiers, des recettes réconfortantes, des produits à partager ou des offres où l’abondance est immédiatement perceptible. « En 2026, la restauration rapide ne vend plus seulement un prix, elle vend une preuve de valeur. » confirme l’expert.

Toute la filière se met en mode arbitrage

L’arbitrage ne s’arrête pas au consommateur. Il descend toute la chaîne. Michael Ballay, Directeur général délégué de Food Service Vision, a montré combien la nouvelle donne économique oblige aussi les professionnels à revoir leurs équilibres. Au premier semestre 2026, 53 % des consommateurs arbitrent leurs dépenses, contre 26 % un an plus tôt. En miroir, les restaurateurs ajustent leurs achats, surveillent leur foodcost, recherchent davantage les promotions, retravaillent leurs cartes et n’hésitent plus à changer de fournisseurs pour préserver leurs marges. La pression énergétique renforce cette logique. La hausse du prix du carburant bouscule l’ensemble des postes d’une entreprise de restauration : approvisionnement, logistique, production, livraison, exploitation. Face à cela, les opérateurs deviennent plus opportunistes, en travaillant la cuisine de l’ardoise, les produits du marché, les substitutions de protéines ou les MDD premiums proposées par les distributeurs. Food Service Vision relève ainsi que 53 % des professionnels ont réduit leurs achats dans au moins une catégorie et que 43 % ont changé de fournisseur, soit 14 points de plus qu’un an auparavant.

« Quand il s’agit de maîtriser le foodcost, tous les acteurs de la filière sont dans le même bateau. »  Cette réalité donne une autre lecture de la performance selon l’expert. Elle ne se joue plus seulement dans le prix affiché au client, mais dans toute l’architecture du modèle à partir du sourcing, du grammage, de l’équipement, des opérations, de la livraison et de la formation des équipes. Olivier Cagniart, Directeur commercial de Kitchen Place - Enodis, l’a rappelé à travers le rôle du matériel, qui doit désormais être pensé dès le business model et le business plan. « Bien choisi, l’équipement permet de gagner du temps, de sécuriser la délivrabilité du produit et d’onboarder plus facilement des équipes parfois moins expérimentées, dans un secteur toujours confronté à la pénurie de compétences. » Dans ce marché plus tendu, la marge ne se protège plus à la fin, elle se construit dès la conception !

La proximité devient une infrastructure alimentaire quotidienne

La proximité a été l’un des grands fils rouges de cette édition. Grand témoin du 16e Congrès du Snacking, Philippe Palazzi, Directeur général du Groupe Casino, est venu rappeler combien la distribution change elle aussi de métier. Avec ses enseignes Monoprix, Casino, Spar, Vival, Cdiscount, Franprix et Naturalia, le groupe Casino veut devenir un acteur majeur de la proxi et du snacking en France. Le snacking, selon lui, n’est plus un mot réducteur. Il devient un mot noble, associé à la qualité, au bon, au sain, au rapide, au pratique et à l’accessible. Cette ambition rejoint les chiffres présentés par Maxime Briquet, Out of Home and Food Service Director chez Worldpanel by Kantar. La proximité pèse désormais 17,5 % de part de trafic en circuits généralistes et progresse aussi en consommation hors domicile, avec + 5,7 % de fréquentation. Déjà 8 millions de Français y ont acheté un produit pour une consommation hors domicile, mais ce circuit ne capte encore que 3 % des dépenses OOH. Le potentiel reste donc considérable, notamment sur les pauses, les petits creux, le déjeuner rapide et les achats de dépannage qui deviennent de véritables usages alimentaires. 

« On ne parle plus de part de marché mais de part de quartier. » revendique Philippe Palazzi - Groupe Casino.

La proxi n’est plus seulement un lieu où l’on complète ses courses. Elle devient un point de contact du quotidien, capable d’accompagner les Français dans leurs rythmes urbains comme ruraux. Elle capte le passage, le besoin immédiat, le repas improvisé, la pause café, le produit prêt-à-consommer ou la solution rapide avant de rentrer chez soi. Dans cette logique, la concurrence ne se joue plus seulement entre enseignes de restauration rapide, mais entre tous les lieux capables de répondre vite, près, bien et régulièrement. La bataille du snacking devient aussi une bataille de territoire et se défend localement.

 

L’innovation produit recrée des occasions

Dans un marché où le consommateur choisit davantage, l’innovation ne peut plus se contenter d’ajouter une référence ou un parfum à la carte. Elle doit créer un usage, un moment, une envie immédiate. C’est ce qu’ont montré Marine Bouric, Responsable Études & Business Development chez Bridor, et Blandine Mauboussin, Cheffe de projets études chez Bridor, avec le baromètre du snacking salé. Le feuilleté salé y apparaît comme un produit particulièrement polyvalent : mini-format à l’apéritif, produit d’impulsion, solution de partage ou proposition de goûter salé. Avec une préférence fromage qui séduit 74 % des Français, il montre que le snacking peut aussi s’étendre au-delà du déjeuner. Cette logique d’élargissement vaut aussi pour le végétal. Nicolas Dron, Directeur Marketing France chez Bonduelle, a défendu une végétalisation moins morale, plus gourmande et plus opérationnelle. Dans un contexte de tension sur les coûts, le végétal peut aider les enseignes à travailler leur balance protéique et financière en mixant protéines animales et végétales, tout en conservant la saveur, la couleur et le plaisir. Le sujet n’est plus seulement de proposer une alternative, mais de rendre cette alternative désirable.

« Le veggie peut être foodporn ! » s'est exclamé Nicolas Dron, Directeur Marketing France chez Bonduelle.

Le regard international a prolongé cette idée. Eric Foucaud, Fondateur d’Elan CHD et organisateur de Food Tours (dont le Food Learning Tour avec France Snacking), et Anne-Claire Paré, Présidente-Dirigeante du Cabinet Bento, ont montré combien les inspirations se déplacent. Les États-Unis restent un laboratoire, mais l’Asie, la Chine et la Corée imposent désormais d’autres codes : low cost, libre-service, mixité de l’offre, personnalisation et fusion nouvelle génération.

« La food fusion est réciproque entre l'Asie et l'Europe » explique Anne-Claire Paré - Bento.

Surtout, ces marchés ne se contentent plus d’importer les classiques européens, ils les réinterprètent, les simplifient, les hybridisent et les rendent plus visuels, plus nomades, plus partageables. Le Shio Pan, pain au lait croustillant salé en forme de croissant, en est l’un des symboles. Saucy by KFC illustre, de son côté, la capacité d’un géant du fast-food à faire évoluer son concept sans changer sa recette de base. Poulet rôti familial, saveurs bold, comfort food à partager disent une même chose : le produit gagnant n’est pas seulement nouveau. Il doit être visible, appropriable, partageable et capable de parler à plusieurs générations.

 

Le déjeuner ne suffit plus : café, boissons et pauses élargissent le terrain de jeu

Le snacking ne se joue plus seulement sur le déjeuner. Il se déplace vers les pauses, l’après-midi, les boissons chaudes, les usages nomades et les moments de sociabilité plus courts. Nicolas Nouchi, l’a rappelé à travers la progression des boissons chaudes hors domicile, en hausse de 16 points en France encore cette année !  Dans un contexte de "désalcoolisation" des usages, le café, le matcha, le chai ou les boissons lactées ne sont plus de simples compléments, ils créent de nouveaux moments sociaux, de nouvelles raisons d’entrer et de nouvelles occasions de revenir. Cette bascule transforme aussi le rôle des marques boissons. Simon Nadeau, Directeur National des ventes Hors-Domicile chez PepsiCo, a insisté sur la technicité de la mise en œuvre : une offre boisson ne se résume pas à un frigo ou à une fontaine. Elle suppose des compétences, du pairing, de la mixologie, des exclusivités, des territoires de marque et une réflexion sur la livraison. D’autant que 90 % des ventes boissons restent liées à une vente repas. La boisson peut donc augmenter la valeur du ticket, mais aussi renforcer l’expérience et favoriser le réachat.

« Le café n’est plus une boisson. C’est un nouveau métier. » résume Jean-Wilfrid Thibault, General Manager de Dunkin’ (QSRP)

alors que le duo café-donut est devenu un couple produit particulièrement performant et gagnant. Chez Dunkin’, les boissons représentent 45 % du chiffre d’affaires de l’enseigne. Le sujet dépasse donc la vente additionnelle : il touche au modèle économique, à la fréquence, à l’identité de marque et à la capacité des enseignes à exister au-delà du seul repas. Dans cette nouvelle séquence, la boisson devient un outil de conquête, de marge et de culture client. Retrouvez d'autres partages d'expériences dans notre podcast "Coffee Shops Invaders ils sont partout - Food Side Story"

Répondre à la nouvelle donne économique : anticiper, piloter, sans renoncer à la qualité

Face à cette nouvelle donne, la réponse ne peut pas se limiter à une succession d’opérations promotionnelles. Lors de la table ronde consacrée aux leviers d’adaptation économique, Jonathan Jablonski, CEO de l'écosystème Infinite (Factory&Co, Italian Queen, ...) et président du Leaders Club France, a rappelé l’importance d’anticiper pour préserver son avenir en restauration. Aller au-delà du court-termisme, analyser les signaux forts comme les signaux faibles, mieux lire la data issue de la commande en ligne, suivre les ventes mais aussi les habitudes d’achat et leur évolution... autant de réflexes devenus indispensables pour affiner sa vision et renforcer son leadership.

« Anticiper est la clé pour préserver son avenir en restauration. » a tenu à préciser sans compromis Jonathan Jablonski, CEO de Infinite (Factory&Co, Italien Queen...) et président du Leaders Club France.

Céline Desanlis Gourves, Directrice Marketing & Communication de Popeyes, a replacé cette exigence dans le quotidien des enseignes. Les prix d’appel à 5 ou 10 € jouent un rôle psychologique fort en permettant au consommateur de situer l’offre et peuvent devenir un vecteur de découverte. Mais la promotion ne peut pas devenir une fuite en avant. Attention, a-t-elle rappelé, aux innovations “à la mode” ou aux opérations de trafic qui ne serviraient qu’à recruter sans fidéliser. "Le client recherche avant tout de la générosité, et la qualité ne peut pas être sacrifiée au seul bénéfice de la rentabilité." a-t-elle tenu à préciser. Jason Danciger, CEO de Hana Group, a complété cette lecture par le rôle indéniable de la technologie. Mieux opérer, mieux performer, délivrer une meilleure expérience client, offrir plus de flexibilité au personnel, la technologie devient un outil de pilotage autant qu’un levier d’exécution. Dans un marché plus contraint, la performance ne repose donc plus sur un seul levier. Elle suppose d’aligner vision, data, prix, qualité, générosité, outils et équipes. C’est peut-être là que se joue la vraie réponse à la crise : ne pas seulement réagir, mais apprendre plus vite que le marché en cultivant son avance.

 

Exister socialement ou disparaître : la marque doit devenir vivante

La restauration rapide ne se joue plus seulement dans le point de vente. Elle se joue aussi dans la capacité d’une marque à exister socialement, à prendre la parole, à interagir et à créer de la conversation. Olivier Lopez, CEO de l’Agence Joga, l’a résumé sans détour : « Les enseignes doivent prendre des risques en communication, montrer de la vitalité, de l’ingéniosité, de la malice et accepter de dialoguer avec leurs clients comme avec leurs prospects ». En 2026, impossible de faire l’impasse sur l’influence, à condition de ne pas étouffer les créateurs de contenu : il faut les briefer, mais les laisser parler à leur communauté avec leurs propres codes. Cette exigence de présence sociale rejoint la montée en puissance de l’IA et de la data. Jean-Sébastien Bompoil, Cofondateur de L’Atelier des Chefs, a rappelé que l’IA générative peut déjà aider les entrepreneurs food à produire des contenus opérationnels, des fiches de poste, des supports internes, mais aussi à mieux gérer leur e-réputation, leurs posts, leurs bots ou leurs agents conversationnels, dès lors qu’elle est correctement programmée. Isabelle Emprin, Directrice Pôle Clients chez Areas, a prolongé cette lecture en soulignant la capacité de l’IA à capter les insights de manière plus objective et factuelle, sans oublier que l’accueil client reste l’un des premiers critères évalués par les consommateurs. D'où le soin porté par le groupe aux avis Google (passé de 13 000 à 68 000 en 3 ans) et à leur gestion pour une approche servicielle renforcée.

"L’IA apporte la formalisation, l’humain apporte l’émotion. La technologie ne remplace pas la relation ; elle la documente, la structure et parfois l’amplifie." décrypte Isabelle Emprin - Areas.

Bertrand Peyrat, Président-Directeur général de Taster, en a donné une illustration concrète. L’entreprise, avant tout digitale, propose de la food. Alors, quand Taster ouvre désormais ses points de vente physiques, c’est pour créer un lien direct avec ses clients, les voir “en vrai” et mieux travailler la valeur client. Avec 16 personnes dédiées à la technologie en interne, l’enseigne montre que la donnée et le contact ne s’opposent plus. La marque de restauration rapide doit désormais être à la fois digitale, physique, conversationnelle et profondément humaine.

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Les générations se recomposent : les YOLD entrent dans le radar

La recomposition du snacking ne concerne pas seulement les lieux, les prix ou les moments. Elle touche aussi les publics. Avec Pascal Perriot, Cofondateur du collectif Ça passe crème, le Congrès a ouvert un angle encore trop peu travaillé par la restauration rapide, celui des + 55/YOLD. Alors que les enseignes continuent souvent de parler aux jeunes, aux familles ou aux actifs pressés, une partie majeure de la population reste sous-adressée, alors même qu’elle pèse lourd dans les usages, le pouvoir d’achat et les dépenses de restauration. Les + 55 représentent 34,9 % de la population française, contre 22,1 % pour la Gen Z. Ils pèsent 32 % des dépenses en restauration et affichent un panier moyen de 40 €, contre 21 € pour la Gen Z. L’enjeu n’est pas de créer une restauration “senior”, au risque de figer cette génération dans des représentations dépassées. Il est plutôt de concevoir un snacking plus confortable, plus lisible, plus hospitalier, plus sensoriel et plus intergénérationnel.  Dans cette perspective, la restauration rapide doit apprendre à parler à plusieurs générations sans perdre son accessibilité ni son désir.

« Les jeunes donnent les codes. Les YOLD ont le pouvoir d’achat. » résume Pascal Perriot - Ca Passe Crème.

Le futur du snacking ne sera pas anti-plaisir, anti-gras ou anti-sucre. Il devra plutôt conjuguer plaisir, vitalité, confort digestif, qualité perçue, attention au service, hospitalité et les expériences qui font revenir. Le marché pourrait entrer dans l’âge d’un snacking plus vivant, plus relationnel et plus intergénérationnel, un snacking qui ne cherche pas seulement à nourrir vite, mais à donner un nouvel élan, celui de la vitality.

Cap sur l’été : conquérir, faire revenir, faire vibrer, faire communauté

Au fond, cette 16e édition du Congrès du Snacking a confirmé que la restauration rapide n’avait plus le luxe d’attendre. Le marché reste puissant, mais chaque visite doit désormais être gagnée. Prix, satiété, proximité, coffee moments, expérience digitale, influence, hospitalité, générations : les leviers sont nombreux, mais l’enjeu reste le même. Créer de la préférence. L’été qui s’ouvre, les grands départs, les terrasses, les pauses, les soirées entre amis et la Coupe du monde de football annoncent des journées festives exceptionnelles. Autant d’occasions pour les enseignes de prouver leur valeur, d’activer leurs communautés, de travailler leurs offres à partager, leurs boissons, leurs menus généreux, leurs solutions digitales et leurs points de contact. Pour aller encore plus loin, parcourez notre article sur les 20 chiffres clefs qui régissent cette 16e édition du Congrès du Snacking.

Après la #SnackXperience 2026, une certitude s’impose : le snacking ne doit plus seulement aller vite. Il doit donner envie, créer du lien, apporter de l’énergie et faire revenir. Prochaine étape : Snacking is Vitality. A l’année prochaine !

Le 16e Congrès du Snacking est organisé par France Snacking, en partenariat avec Bonduelle Food Service, Bridor, Cafés Richard, Enodis, METRO France, PepsiCo et Poule et Toque, avec les précieux soutiens de la Fédération des Entrepreneurs de Boulangerie – FEB, la Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France – FEEF, GECO Food Service, Leaders Club France, Sandwich & Snack Show et le Snarr, que nous remercions chaleureusement, ainsi que l’ensemble des experts, cabinets, intervenants et professionnels ayant contribué au succès de cette édition.

Si vous souhaitez utiliser ces chiffres et ces données, merci de mentionner qu’ils sont issus du 16e Congrès du Snacking 2026 et de citer leurs sources en rappelant le cabinet, l’étude ou les experts qui les ont produits : Circana, Food Service Vision, Strateg’eat, Worldpanel by Numerator, France Snacking, Ça passe crème, Bridor, Cabinet Bento et les autres contributeurs mobilisés au fil de cette journée. Un grand merci à eux !

Si vous souhaitez télécharger le Top 200 de la restauration rapide by France Snacking, cliquez sur ce lien 

Retrouvez les temps forts, réactions et échanges de cette édition sur les réseaux sociaux avec le hashtag officiel #CDSnacking.

Rendez-vous en 2027 pour la prochaine édition du Congrès du Snacking. Suivez nos actualités, inscrivez-vous aux prochaines rencontres et, si cet article vous a été utile, n’hésitez pas à le commenter et à le partager avec votre communauté !

Pascal Perriot Web Manager Suivez Pascal Perriot sur @perriot_pascal
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