Avec seulement 5 % du trafic en fast-food contre 10 % en Angleterre et une densité de restaurants de volaille presque cinq fois inférieure à celle du Royaume-Uni, la France apparaît comme un terrain vierge… mais plus pour longtemps. Dans l’univers de la restauration rapide, le poulet n’a, jusqu’à présent, joué qu’un rôle secondaire en France. Au premier trimestre 2025, il ne représentait que 5 % du trafic, loin derrière les burgers (54 %), explique François Godeau, co-fondateur de Meaningful Vision. À titre de comparaison, le Royaume-Uni affiche un marché nettement plus équilibré avec 33 % du trafic pour les burgers, 10 % pour la volaille. L’écart est tout aussi net du côté de l’offre avec 3 restaurants de chicken pour 100 000 habitants outre-Manche contre seulement 0,6 en France. Seules les villes étudiantes, comme Toulouse ou Montpellier, font figure d’avant-garde, tandis que des bastions gastronomiques comme Nantes, Lyon ou Marseille restent très peu dotés. Pour l’expert et observateur du secteur, « l’expansion des chaînes de poulet au Royaume-Uni est un phénomène national, pas seulement urbain ». Un scénario que la France semble désormais prête à suivre.

L’engouement pour la volaille va bien au-delà de considérations gustatives ou budgétaires. Il s’inscrit dans une transformation culturelle et numérique des attentes en fast-food, notamment chez les 18-30 ans. Aux États-Unis comme au Royaume-Uni, des enseignes telles que Wingstop ou Popeyes ont redéfini les codes du secteur grâce à une stratégie résolument digitale avec des apps de fidélité gamifiées, des services de commande en ligne ultra fluides, des campagnes TikTok, des collaborations avec des créateurs de contenu ou des marques lifestyle, des pop-ups événementiels ou encore intégration de l’intelligence artificielle dans les drive-throughs. Ces chaînes ne vendent pas seulement du poulet, elles vendent une expérience. Leur approche immersive concerts live, partenariats avec KSI ou Chunkz à Londres ou en pop-up, comme Wingstop lors des JO de Paris qui, par la suite, s’est installé en dur dans la capitale, crée une demande nouvelle plutôt que de simplement répondre à un marché existant.
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Cet essor du chicken fast-food pourrait rebattre les cartes pour les acteurs déjà en place. Les indépendants, peu armés en marketing et en technologie, risquent de peiner à suivre le rythme. Les enseignes de burgers ou de sandwichs pourraient également voir certaines parts de marché glisser vers ces concepts plus modernes, connectés et en phase avec les usages digitaux des jeunes consommateurs. Pour François Godeau, le phénomène est clair : « Le succès du poulet, aujourd’hui, est autant une question de goût que de stratégie. En combinant prix accessible, puissance marketing et innovation technologique, les nouvelles chaînes de poulet vont, sans doute, redessiner le paysage de la restauration rapide en France… et nous n’en sommes qu’aux prémices. » À l’image du Royaume-Uni, la volaille pourrait s’imposer comme la prochaine grande bataille du fast-food français.

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