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Circuits alternatifs. Multiforme et flexible, le snacking s’invite (presque) partout !

22 Mars 2026 - 5425 vue(s)

Page 2 Une présence renforcée en supérettes et GMS

L’autre circuit alternatif où le snacking est dorénavant roi, c’est la distribution alimentaire, aussi bien la proxi que les grandes et moyennes surfaces. « Comme les boulangeries, elles proposent un snacking fonctionnel axé sur des valeurs sûres : de quoi se nourrir de façon pratique, pour pas trop cher », commente Rémy Lucas. Il n’est plus rare de trouver des places assises dans des supérettes comme Franprix, Monoprix et Carrefour, avec parfois des terrasses. Lorsqu’ils sont nouveaux ou réagencés, les magasins placent souvent l’offre snacking à l’avant, devant leur activité principale. « En retravaillant leur merchandising, ces adresses font face, de façon plus frontale, à la restauration », observe Florence Berger. Même les spécialistes du surgelé s’y sont mis, Picard ayant par exemple déployé des espaces de dégustation sur place avec micro-ondes. « Il y a de vrais mouvements… et ça fonctionne ! » assure Bernard Boutboul. L’acceptation des titres restaurants dans la distribution depuis 2022 fut un levier de développement. « C’était une très mauvaise initiative, une bombe envoyée par le gouvernement ! » lance le dirigeant de Gira, 25 % de ces titres étant aujourd’hui utilisés hors CHR. Et la tendance est durable, le cabinet Food Service Vision constatant un gain de parts de marché de la GMS sur le midi semaine depuis 2 ans. « 60 % des déjeuners des actifs sont pris en grande distribution, contre 52 % en 2024 », annonce sa directrice associée. Nielsen-IQ annonce 15 % de croissance pour le snacking en proxi, en cumul en novembre vs 2024. Le snacking sous toutes ses formes reste donc un axe de développement essentiel pour les acteurs de la distribution. « Il permet de se différencier et de booster le CA », confirme Vincent Nighoghossian, adhérent Intermarché à Asnières (voir l’encadré p. 51).

Des offres et des espaces retravaillés au supermarché

Ces résultats sont aussi le fruit d’un travail de fond sur les rayons dédiés. L’offre nationale industrielle côtoie désormais des produits plus artisanaux. Les enseignes proposent souvent des plats chauds (poulet, lasagnes, gratins…), préparés par des sous-traitants ou en interne. « Elles progressent en snacking, pendant que des restaurants souffrent », relève Bernard Boutboul. La variété et les prix n’y sont pas pour rien : « La distribution alimentaire propose tout ce que les consommateurs veulent pour le déjeuner. Et sa puissance d’achat lui permet d’avoir des tarifs bien en-dessous de ceux des CHR. » Ces offres copieuses, équilibrées et accessibles plaisent notamment aux lycéens, preuve en est le Super U de Nice Caucade dont la cafétaria ne désemplit pas de jeunes depuis juillet.

Aux États-Unis, les hypermarchés Whole Foods intègrent de gigantesques buffets de produits chauds et froids, où chacun crée son plat et paie au poids. On en est encore loin en France, où se développent timidement des bars à salades froides en libre-service, notamment avec Picadeli. « Les enseignes de distribution ne sont pas encore convaincues par l’intérêt de dédier davantage de surface au snacking. Elles sont trop prudentes, car la clientèle suivrait ! », assure Bernard Boutboul.

Nicolas Nouchi pense aussi que la distribution ne va pas assez loin : « Les espaces sont souvent mal délimités, peu agréables et mal entretenus. Il s’agit pourtant de produits d’impulsion et, en restauration, le client se détourne dès que quelque chose ne va pas. » Pour lui, l’offre pourrait aussi être premiumisée, en misant sur le fait maison via des unités de production. L’étape suivante sera de créer des espaces ayant une vraie âme, comme un restaurant. L’expert de Strategeat évoque toutefois le sujet du personnel, qui n’est pas forcément préparé à être en contact avec la clientèle. L’hygiène, le nettoyage et l’encaissement sont d’autres freins à l’essor d’espaces de restauration en GMS, en plus de la faible part du CA que représente cette activité. Paradoxalement, les enseignes veulent continuer à grignoter des parts du marché au snacking, et même les hards discounters s’y mettent. Hema était récemment sous les projecteurs pour avoir été autorisée à accepter les titres restaurants. Des enseignes comme Gifi, Normal et Action développent leurs linéaires de boissons et de snacks, avec des prix agressifs.

Des kiosques et des gammes retail par les acteurs du snacking

La distribution alimentaire mise aussi sur des kiosques gérés par des marques ou enseignes. Le bal a été ouvert par les sushis, avec des acteurs comme Sushi Daily (Hana Group), Sushi Shop et Sushi Gourmet, qui préparent sur place et proposent de la VAE. « C’est adapté aux jeunes générations. Un repas pris dans un tel stand, c’est un de moins pour un restaurant. Mais c’est aussi de la restauration », lance Bernard Boutboul. Pour lui, tous les kiosques ne peuvent pas fonctionner : « Il faut qu’ils soient dans l’air du temps. Un stand Big Mama ferait un succès chez Carrefour », pense l’expert. Dans certains Monoprix, des pizzaiolis préparent déjà des pizzas. 
La restauration s’invite aussi dans les allés des Proxi/GMS à travers des gammes retail. Columbus Café y a fait ses premiers pas en 2019 avec des capsules compatibles Nespresso, puis a développé son offre en épicerie, avec, par exemple, des « prêts à pâtisser ». Le lancement plus récent de boissons lactées avec Candia lui a permis d’intégrer les rayons snacking. Columbus Café propose aussi des thés glacés, un kombucha, des shots de fruits et bientôt des glaces. Et un meuble avec frigo permet de réunir tous ces produits dans un univers marketé. Mais pas de frais, ni de boissons chaudes : « C’est dans nos 280 coffee shops que l’on retrouve notre savoir-faire », justifie Frédéric Pastur, directeur général de l’enseigne. Il ajoute qu’une telle offre retail permet à la fois d’accroître sa notoriété et de recruter de nouveaux clients. D’autres enseignes vont plus loin, comme Krispy Kreme qui alimente, chaque matin, des proxis avec ses doughnuts prêts à consommer. Des évolutions qui permettent aussi de contrer l’essor de nouveaux concepts axés sur le libre-service comme Faim ! de Flunch, Bouillon Service et Lucie (voir encadré p. 52).

 

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