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Santé des entreprises. Lourdement affectés, les commerces de bouche entament une lente rémission

19 Avril 2024 - 987 vue(s)
La lumière se rapprocherait-elle au bout du tunnel pour les restaurateurs et commerces de bouche ? Si le nombre de défaillances d’entreprises continue de grimper dramatiquement dans ces filières, le point critique pourrait être bientôt atteint selon les chiffres de la dernière étude Altares à fin mars 2024. Les tout premiers signes de rémission sont perceptibles chez certains corps de métiers, comme les boulangers et les bouchers. Et le diagnostic sensiblement plus optimiste que dans beaucoup de secteurs d’activités...

Allo docteur, c’est grave ? Car à la lecture brute des résultats de la dernière étude Altares recensant les défaillances d’entreprises en France, il y aurait franchement de bonnes raisons de craindre le pire… 17 088 procédures tous secteurs confondus ont ainsi été ouvertes à travers de le pays sur le seul premier trimestre 2024, soit le plus haut niveau depuis 9 ans ! Et la barre symbolique des 60 000 mises en défaut sur 12 mois a été franchie (en février) pour la première fois depuis 2016. Pourtant, le diagnostic échafaudé par les experts d’Altares s’avère moins alarmiste qu’on aurait pu le craindre, voire sensiblement plus optimistes pour certaines filières à commencer par les commerces de bouche, voire la restauration… Attention, pour ce secteur, la voie de la guérison sera encore bien longue alors que l’étude recensait une nouvelle hausse de 9 % des défaillances en restauration à table, soit 981 entreprises concernées tout de même. Et même + 12 % en restauration rapide pour 781 entreprises mises en défaut, c’est-à-dire ayant ouvert une procédure de sauvegarde ou ayant été placées en redressement ou liquidation judiciaire. Pas de quoi crier au miracle donc ! Oui mais voilà, ces chiffres, s’ils demeurent inquiétants, n’ont aujourd’hui plus rien à voir avec l’explosion des défaillances enregistrées ces deux dernières années au sein de la profession. On ne parle rien moins que de + 110 % des mises en défaut entre les premiers trimestres 2021 et 2022, suivies d’un + 50 % l’année suivante. Le gros de la vague épidémique semblerait donc bel et bien derrière nous…

Une cure d'optimisme

Encore convalescents, certains corps de métiers retrouvent même un peu de couleurs. C’est ainsi le cas des boulangers qui figuraient parmi les métiers les plus lourdement affectés par un environnement économique assez accablant. Flambée des prix des matières premières, envol des prix du gaz et de l’électricité dont ils demeurent de gourmands consommateurs, contraction du pouvoir d’achat des ménages avaient ainsi provoqué une hausse drastique du nombre des défaillances d’entreprises dans le secteur entre les T1 2021 et 2022, à + 92 % !  Sur cette base déjà anormalement élevée, la hausse de 69 % supplémentaires à T1 2023 traduisait dans les chiffres le coup de grâce reçu par plus de 300 boulangers. Ce début d’année, le secteur bascule enfin dans le « vert » avec un nombre des défaillances qui recule de 12 %, pour 275 boulangers en défaillance tout de même. La rémission est plus nettement perceptible du côté des bouchers, qui enregistraient il y a un an une hausse des défaillances record de l’ordre de 74 %. A fin mars, la courbe s’était là-aussi inversée avec un recul de 25 % et 105 boucheries « seulement » en défaut.

Le mur de faillites devrait être évité

Alors verre à moitié plein ou verre à moitié vide, c’est selon… Mais disons que certains signaux faibles permettent d’espérer quelques lendemains bien meilleurs pour les restaurateurs et métiers de bouche. En tout cas, davantage que dans beaucoup de secteurs d’activités couverts par l’étude et qui continuent de s’enfoncer plus ou moins doucement : l’habillement, les services aux entreprises, la construction et le bâtiment, les activités immobilières ou encore le social et médical pour ne citer qu’eux… Tous secteurs confondus, ce sont sans surprise les TPE qui constituent toujours l’essentiel des mises en défauts (92 % soit 15 600 TPE de moins de 10 salariés). Mais pour elles, le rythme des défaillances décélère quelque peu : un peu moins de 19 % d’augmentation des défauts contre plus de 42 % au T1 2023. En revanche, le bilan est plus contrasté pour les PME-ETI. 1 444 sociétés d’au moins 10 salariés ont fait défaut au cours de ce premier trimestre 2024, en augmentation de 28 %. La situation est particulièrement tendue pour les PME de plus de 50 salariés. 154 ont fait l’objet d’une procédure collective, un nombre au plus haut depuis plus de dix ans (156 en T1 2013). Pour Thierry Million, le directeur des études d’Altares, beaucoup de ces PME se retrouvent « fragilisées par une dette désormais trop lourde dans une conjoncture trop faible », insistant sur une activité économique qui fait du sur-place « ne permettant pas encore un reflux des cessations de paiement ». Mais pour lui, les hausses exceptionnelles des défaillances en cascades alignées depuis deux ans pourraient enfin être enrayées « Janvier 2024 est retombé à son rythme de janvier 2022 sous les + 20 % contre + 45 % en moyenne mensuelle entre ces deux dates », relève-t-il. A la faveur d’une conjoncture un peu plus accommodante, l’année 2024 pourrait alors s’achever sur un nombre de défaillances, sauvegardes comprises, en hausse de 10 % par rapport à l’année précédente, soit tout de même 64 000 procédures ! Un nombre que l’expert décrit comme élevé certes mais écartant pourtant alors le risque du « mur de faillites »… Objectivement, des motifs d’espoir existent donc bel et bien. Et, comme chacun sait, l’espoir fait vivre, en tout cas un peu plus longtemps…

Jonathan Douay avec Mary Williot

Jonathan Douay Rédacteur en chef adjoint France Snacking
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